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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 21:59

Parcours de santé mentale, [1994-2002] V1 autoédit. 2002  allégée, accueil et articles 1-26

 

 

2 - Voyage sous surveillance.

 

1    Je me suis souvent posé la question si les gens qui travaillaient là (ou dans les hôpitaux psychiatriques, c'est le même système) avaient réfléchi au moins une fois à ceci : s'il leur arrivait de vivre cette expérience, n'auraient-ils pas eux aussi la curieuse sensation d'être mis en prison ? Comme si les malades n'avaient pas déjà assez d'angoisses autres ! Les considérer en adultes et personnes responsables ne les aiderait-il pas mieux ?  Si certains me lisent, je leur fais quelques suggestions : tout d’abord, prévoir au préalable dans les locaux, un sas d’accueil pour permettre une transition douce, d’où je les conduirais immédiatement dans un bureau pour m’enquérir de leur état, des évènements qui les ont conduits ici. C'est la moindre des règles de savoir-vivre. Je leur parlerais du service et de son activité (s'il y en a), et de son règlement, que la porte est fermée pour des raisons de sécurité. L'expérience qu'ils vivent non seulement les effraie, mais effraie aussi les autres parce que c'est l'inconnu. Par conséquent, il est préférable de limiter la communication. Parallèlement, la taille réduite du milieu les aidera à se concentrer, se relaxer, etc. De plus, je suis persuadée que tout être humain pourra beaucoup mieux se défendre psychologiquement par rapport à un dit que par rapport à un acte. Pour tout dire, cela me paraît être une évidence. De plus, quand on parle de règlement, tout individu peut toujours imaginer qu'il n'a pas été conçu pour son propre cas. Ça fait toujours du bien, et comme dirait quelqu'un que je connais bien, ça ne mange pas de pain.

 

2     Je sais à présent que cette connaissance est un des facteurs majeurs qui m'ont permis d'aller jusqu'au bout. Mais je sais également que tout le monde n'a pas la chance de revenir de ce voyage. Je ne le souhaite à personne. La seule chance que j'ai eue, c'est d'avoir dans ma mémoire innée et acquise tous les éléments indispensables pour le faire et que de nombreuses mains se soient tendues vers moi.

 

3   Je reconnais néanmoins que j'ignore tout de la numérologie, et que par ailleurs, il y a des nombres magiques par le message qu'ils contiennent. 3,14159..., par exemple, est relié indiscutablement à la sphère et au cercle. Sa connaissance et son mode d'utilisation sont indispensables au calcul du volume et de la surface correspondants. Je sais aussi que la sphère, le cercle…, l'hélice sont représentés un nombre infini de fois dans l'univers à l'échelle tant macroscopique que microscopique.

 

4   La résolution de cette énigme a été très pénible à vivre. J'ai eu la chance d'avoir des repères fiables dans le temps, entre autres, mon deuxième cousin vivant. Elle m'a laissée dans le doute jusqu'à ce que je puisse écrire ces lignes. Tous ceux qui connaissent l’incertitude sur la réalité de faits savent de quoi je parle.  Les conditions extérieures de notre entretien (un vase clos) m'ont fait halluciner… À moins que mon état n’ait suffi !... Le médecin qui était dans le doute l'a exprimé inconsciemment par l'expression de son visage, de même que celui qui n'en avait pas à ce moment-là. Cet ensemble de facteurs et probablement certains éléments de ressemblance ont provoqué ma double hallucination, dont l'image est gravée dans ma mémoire acquise. Eh non ! Pas de mon imagination ! Ce scénario, ils ne l'ont pas choisi, il leur a été imposé par la personne qui a conçu la gestion des locaux du service, qui elle-même n'avait pas non plus le choix... Voilà ce qu'on obtient lorsqu'on transforme un bâtiment conçu pour sa fonction initiale. Ces médecins n'en ont rien su, je ne voulais pas aggraver mon cas à leurs yeux. Avec plus de recul, je pense sincèrement que le travail du corps médical devrait en tout premier lieu et toute première intention être consacré à la mise en confiance du patient et que sans cela, tout le reste est bien inutile : les observations, les enregistrements vidéo, les conclusions, le temps passé… Je n’ai été là qu’un cobaye de laboratoire : on m’a peut-être induit sans le savoir une réaction hallucinatoire et cela n’a pu être transcrit dans le rapport de l’entretien, car j’ai sauvegardé ce qui me restait de liberté : paraître pour ne pas communiquer avec ceux pour qui je n’existais pas. Et même en supposant que mon hallucination ne fût pas un artéfact de laboratoire, on ne peut que constater une chose : j’ai masqué cet événement.

 

5   Peut-être ai-je manqué d'humour ? Je reconnais que ce n'est pas mon fort. Peut-être est-ce mon comportement qui l'a poussé à se retrancher ainsi ? Je ne puis que constater, avec le recul, que c'est possible, mais que ma personne n'a jamais constitué qu'une des composantes parmi tant d'autres. Et que le résultat est le fait d'une dimension humaine sur laquelle je ne peux pas agir : la communication. Non seulement, on n'y est pour rien, mais on ne peut pas l'empêcher. On ne peut séparer ou faire rencontrer que des personnes. Chaque individu décide individuellement, consciemment ou non, si la rencontre doit continuer dans le temps et dans l'espace. Et la profondeur de la communication est totalement indépendante des facteurs précités. Je me rends compte maintenant que l'inconscience de la conscience est intolérable et pourquoi j'ai pu effrayer tant de personnes. Le boomerang me revient encore une fois en écrivant ce livre. Cela me prouve que je l'avais lancé à nouveau. C'était prévisible. Mais je n'ai pas choisi de refaire ce chemin « à tête reposée ». C'est en fait loin d'être le cas, mais occasionnellement, et pour des temps courts qui se sont réduits au fur et à mesure que j'ai avancé. Au moment où je l'écris, je totalise environ soixante pages en discontinu et ça ne dure déjà plus qu'une demi-heure. Et je ne le ressens que sous forme de palpitations cardiaques. C'est tout de même mieux ! Je voulais seulement prouver qu'on pouvait guérir d'une psychose. Montrer le chemin. Jamais je n'aurais imaginé que cela se passerait ainsi. J'avoue n'y avoir même pas pensé. Contrairement à ce qu'on m'avait dit ce n'est pas du courage qu'il faut d'abord pour prendre ce chemin, mais une bonne dose d'inconscience. Et maintenant, je ne conseille le mien à personne.

 

6   Pour ce qui est de l'évènement précédent, je sais maintenant ce qui l'a provoqué. Ma mémoire olfactive est très développée. Un mot ou une situation peuvent me ramener une odeur sans que l'objet qui la dégage ne soit présent, un peu comme certains voient des fantômes. Je me souviens, par exemple, de l’odeur infecte qui m’envahissait dans l’amphithéâtre de chimie pendant les cours de synthèse organique sur les savons ! J’aurais préféré le parfum du savon de Marseille… J’en avais d’ailleurs parlé à un des professeurs de chimie organique qui m’avait répondu que c’était intéressant et que l’université comptait un laboratoire effectuant des recherches sur ce sujet.  Par ailleurs, j'avais auparavant toujours été très perméable aux films, on peut dire que j'étais un peu comme une éponge, je ne pouvais prendre aucun recul, je subissais, je le vivais ! Étudiante, j'avais vu un film très dur, très détaillé sur l'holocauste qui m'a profondément marquée. Peu de temps avant d'être hospitalisée, un incident s'est produit alors que j'avais un plat au four. J'ai voulu abaisser la température de cuisson et les flammes se sont éteintes. Je l'ai découvert quand un heureux hasard m'a conduite au salon pour répondre au téléphone. La différence d'odeur m'a alertée. J'en ai tremblé de tout mon corps après avoir fermé le robinet de gaz du four, ouvertes grandes les fenêtres, puis le four lui-même. J'ai choisi cet ordre pensant que cela pouvait éviter une explosion, j'ignore si c'est justifié. Je m'apprêtais à allumer une cigarette ! A l’hôpital, persuadée d'être dans un centre d'extermination, il m'a suffi de voir une personne qui s'opposait à ce qu'on referme la fenêtre pour me faire revivre une très forte odeur de gaz et de trouver à tout prix le moyen d'empêcher une asphyxie collective.

Je peux dire que ma mémoire olfactive associée à des observations de faits réels m’a fait vivre une hallucination. J’ai pu la contrôler grâce à la présence d’esprit du surveillant et à son grand professionnalisme.

 

7   J’imagine à présent qu’elle ne pouvait comprendre que par l’expérience ces choses qu’elle était incapable de comprendre intellectuellement. De la même manière, j’ai abordé la maternité au prix de surmonter d’énormes difficultés que la majorité des femmes ont de la peine à croire. Ingrid pourrait aussi nous en donner des nouvelles.

 

8   Auparavant, j'étais très sensible à tout ce qui est un peu surnaturel ou extraterrestre, je plongeais littéralement dedans. Maintenant, je peux voir, par exemple à la télévision, ces choses de façon très distante et mon intérêt s'est vraiment amenuisé. Il y a tant de choses plus importantes sur lesquelles on peut agir et vérifier les effets. Néanmoins, je regarde pour en tester la crédibilité.

 

9   Je ne percevais plus le temps. J’avais un sentiment d’immortalité. Tout apparaissait comme dissocié en tant que fait, événement, etc. L’activité continue de vérification des similitudes, des liens et des relations entre les faits, les personnes, etc., m’apparaît comme un moyen de le retrouver ou de combler ce vide. J’ai du mal à expliquer, il y a vraiment de quoi devenir fou… Ce n’est peut-être qu’un mode de fonctionnement préexistant à l’état inconscient mis en évidence par la rupture de perception du temps. Quand je pense que dans certains diagnostics, on trouve des expressions du style : incapacité de se fixer sur un sujet, (on pourrait en dire autant d’un chercheur effectuant une étude épidémiologique) ; procédurier, (il vaut mieux si on ne veut pas y perdre son âme…) Ou plus simplement : n’est-ce point une preuve que la personne est consciente ? …

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Paulette Benetton

Isère, ARA, France

née en 1952

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