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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 22:32

Parcours de santé mentale, [1994-2002] V1 autoédit. 2002  allégée, accueil et articles 1-26

Dans cet article, les notes sont en bas de la page. 

 

Cette partie reprend des notes que j’ai écrites hors du cadre de mon livre. J’ai choisi arbitrairement pour début de la première année la date de ma première hospitalisation.


 

30 novembre 1994, 6e année

Mon livre comporte à ce jour, soixante-quatre pages, en discontinu. Sa construction est directement reliée à l'émergence de mes souvenirs. Bien que je connaisse mieux les faits de la fin, j'ai préféré commencer par le début. Leur juxtaposition fait émerger des réactions que je subis. Quand ces dernières sont dures à supporter, je laisse un point d'interrogation sur mes souvenirs en attendant qu'ils soient plus précis. Ce qui ne manque pas d'arriver grâce à une réactivation due à des faits de ma vie active quotidienne solitaire ou interactive.

 

Je n'ai pas choisi d'écrire ce livre. J'y ai, en fait, été contrainte. J'ai été licenciée pour cause de longue maladie en septembre de ma deuxième année de maladie. Mon ex-employeur n'avait plus le choix étant donné l'importance de mon poste dans l'entreprise. La loi l'autorisait de le faire avant.[1] La société ferme ses portes aux personnes atteintes de psychose plus sévèrement qu'à certains criminels. Elle me condamne à mentir sur ce passé pour retrouver du travail de façon décente. Ce dont je me révèle incapable malgré toutes les ruses que j'ai employées pour seulement taire cette période de ma vie. Mon corps parle malgré moi. Tout le monde ne sait pas « le lire », mais les recruteurs sont devenus de véritables détecteurs de mensonges. Le grand nombre des chômeurs les rendent experts.

 

Fin juin, je me suis rendu compte que la seule façon de me réintégrer dans la société professionnellement était d'utiliser les fruits de cette expérience dont personne ne voulait entendre parler (du côté où je l'avais expérimenté jusqu'alors). J'ai pensé proposer mes services dans les hôpitaux psychiatriques, puis j'ai abandonné l'idée pour plusieurs raisons. La principale était que je me sentais incapable de le faire parce que j'avais peur de me faire phagocyter. Je suis trop « jusqu’au-boutiste ». J'ai déjà ainsi failli « me faire absorber » par mes clients, c'est une des raisons qui m'ont amenée à l'Hôtel-Dieu ! C'est ainsi que j'ai eu l'idée d'écrire un livre pour raconter ce que j'avais vécu et démystifier la psychose du même coup en disant : Vous voyez, on peut s'en sortir ! Je ne savais pas ce qui m'attendait. J'ai fait le plus gros du travail bien que le livre soit loin d'être terminé. Maintenant, même ce qui n'est pas écrit est présent dans ma tête (au moins à l'état d'ébauche) et je n'ai plus peur.


 

2 décembre 1994, début de la 7e année

Le point de départ de ma guérison est directement lié à Ludovic. C’est ma réaction à l'expression de son refus de vivre entre son septième et huitième jour de vie par une baisse de poids. Il se trouve que le cordon ombilical est tombé le huitième jour. Il est possible qu'il y ait une liaison entre ces deux faits. Il a continué à me faire remonter à la surface même quand nous étions séparés. Cette séparation était d'ailleurs indispensable, il fallait bien qu'il puise sa source de vie quelque part et je ne pouvais rien, ou si peu lui donner dans mon état. Mon ami m'a apporté la plus grande partie du reste, son amour et bien d'autres choses. Ma psychose était liée exclusivement au fait que je refoulais mon désir d'avoir un enfant parce que j'avais peur qu'il meure. L'origine principale est un traumatisme que j'ai eu à l'âge de onze ans. J'ai vu la mort pour la première fois volontairement, c’était un bébé. J'ai eu honte d'être allé voir cet enfant dans sa chambre en voyant la douleur de ses parents et aussi du reste de sa famille, qui avaient l'air d'en vouloir à tout le monde. Comme si leurs regards disaient aussi : vous ne pouvez pas comprendre.

 

J'ai été incapable de confier tout ceci à quelqu’un avant d’en arriver là dans mon livre. Et maintenant que je suis censée recopier ce que j'avais écrit, ce n'est déjà plus pareil et je pleure en tapant sur les touches. Cela a au moins l'avantage de ne pas risquer de mouiller le papier. Voilà déjà plus d'un an que le souvenir de cette scène m'est revenu. Il faut croire que c'était vraiment englouti profond. Et je pense que j'avais peut-être beaucoup plus compris leur douleur que ce qu'ils supposaient et je sais que j'étais loin d'être la seule.


 

19 avril 1996, 8e année

Bilan après psychothérapie et écrits de l’hiver.

Je suis maintenant beaucoup plus rattachée à la réalité.

 

Ce qui ne m'arrive plus :

  • Réactions de panique à la vue d'une ambulance ou d'un minibus de pompiers, pensant que Ludovic ou mon ami sont dedans. Au départ, je pouvais aller jusqu'à vérifier en allant à l'école aux informations pour Ludovic.
  • Angoisse de mourir pendant la nuit, si mon ami part en déplacement plusieurs jours.
  • Angoisses disproportionnées si mon fils a de la fièvre.

 

Ce que je réacquiers progressivement :

  • Je peux désormais supporter le bruit,
  • Je recommence à avoir envie d'écouter de la musique quand je suis seule.
  • J'ai toujours des projets pour organiser mon temps à la maison. J'occupe bien mon temps et j'ai des résultats.
  • Je commence à être reconnue au sein de l'Association C.T.P. pour mes réelles compétences, et je suis appréciée sur le plan amical.
  • J'ai une meilleure forme physique et du tonus.

Je me pose à nouveau la question de mon avenir professionnel. Rien n'est clair, toutefois un point positif : je sais mieux ce que je ne veux pas faire. Je sais reconnaître un travail qui m'est nocif (exemple : télé prospection). Je me profile de plus en plus dans l'animation des personnes.


 

25 février 1997, 9e année

Depuis quelque temps, je suis en recherche d’identité. Ce n’est pas que je sois vraiment perdue. Mais j’ai pris conscience que reprendre une activité similaire à celle que j’avais avant ma maladie n’est pas souhaitable pour moi : cela m’angoisse, ça m’évoque des mauvais souvenirs. J’en ai aussi des bons, mon parcours a été globalement une réussite. Ils sont là, mais je n’arrive pas à les faire revivre. Un consultant de Cap Gemini, en janvier, m’a dit à la fin de notre entretien ce qui n’allait pas. Il a eu l’impression que je n’avais pas été heureuse dans mon travail et même pendant mes études alors que j’ai un bon C.V.[2]. C’est vrai que tout cela me paraît être de l’histoire ancienne et que tout ce que j’ai traversé depuis ces huit ans me paraît autrement consistant. J’ai aussi l’impression que je vais retomber dans le même piège qu’avant. Aurais-je travaillé contre ma nature pendant de si longues années avec succès ? Ai-je changé de personnalité, ce qui me fait voir les mêmes choses sous un tout autre angle ?

 

Me rendre à l’A.N.P.E. est une véritable épreuve.[3] Je m’y suis rendue grand maximum dix fois depuis mon inscription. Je n’ai pas digéré d’être au chômage suite à longue maladie. Chacun parle de son histoire, moi, je ne peux pas raconter la mienne sous peine d’être regardée de travers. Je ne me sens pas intégrée au monde des chômeurs. Je fais partie des déshérités de cette catégorie sociale. On me refuse des stages parce que je suis trop diplômée, sauf celui de direction commerciale, qui est la suite logique de mon parcours, et que je ne peux pas utiliser, pour l’immédiat du moins.


 

Septembre 1997, 9e année

Mes motivations pour retrouver un travail :

  • Ma situation de dépendance financière quasi totale ne me convient pas, tant du point de vue relationnel avec mon partenaire, que du sentiment d’insécurité qui en découle. Par ailleurs, je me sens bien à la maison. Je ne m’ennuie pas du tout. J’y suis constamment en activité.
  • Je ne souffre pas de ne pas être en contact avec l’extérieur (par le monde du travail), bien que cela ait été, jusqu’à ma première hospitalisation, le point-clé de mon activité. Mais je ressens tout de même un besoin de le rétablir.
 

Je suis sortie de la psychose par le biais de l’écriture, et j’ai pu constater que ma mémoire s’est reconstituée à la manière d’un puzzle. Mes souvenirs exprimés et ordonnés grâce au traitement de texte m’ont permis d’en faire réémerger d’autres, etc. Je suis actuellement plus dans la phase [action – réflexion]. Me demander de prouver que je suis la femme de la situation relève de l’impossible. C’est pour cela que j’ai besoin d’aide. Un recruteur qui veut m’entendre parler de mon passé me mettra mal à l’aise. Je perdrai de ma spontanéité. Il faudra que je trie. Mon expression corporelle me trahira. Je n’ai pas honte de mon passé. Je veux construire mon avenir sur de nouvelles bases. Des points importants de ma personnalité ont changé, je n’arrive pas à dire quoi. Les métiers que j’ai exercés ne m’attirent plus. J’ai besoin qu’on m’aide à faire le point. Je sais que j’ai beaucoup de possibilités, mais je veux faire le bon choix. Il me faut pour démarrer un mi-temps qui me permettra une prise de recul régulière. Je veux exclure l’échec. Je demande des conditions de travail correctes.


 

Octobre 2000, 12e année

Apprendre, s’accepter = Il va falloir faire avec. Voilà ce que disent certains psychanalystes. Je ne suis pas d’accord avec cette traduction. Accepter n’implique pas obligatoirement comme conséquence : « il va falloir faire avec ». On peut accepter un état de fait pour aller au-delà. Et il me semble bien délicat, d’ailleurs, d’aller au-delà sans passer par-là !

 

J’oppose à ces vues la transformation obtenue par un simple ou multiple retour dans le temps par le biais de la mémoire.  « Revivre » un événement par un procédé conscient, je préfère même si c’est douloureux, imprime dans la mémoire des nouvelles données d’émotions, etc. qui permettent, en tout cas, m’ont permis d’en supprimer les conséquences sur le présent, telles les angoisses, les réflexes conditionnés, comportements induits.


 

6 novembre 2000, 12e année

Je me suis remise à écrire. Ma psychose est maintenant bien terminée, et je n'ai plus de séquelles. Mon objectif est de rentrer à l'INSERM, au CNRS, ou ailleurs, en tant qu’ingénieur d'études. Je vais utiliser mon livre que je ne veux pas publier par rapport à Ludovic, comme support pour me présenter. L'étude de ma maladie et de ma convalescence m'a permis de découvrir beaucoup de choses sur l'organisation de mon cerveau, c'est assez inimaginable. Je veux comparer avec d'autres personnes et étudier les applications pour l'évolution de la psychiatrie moderne. Si cela ne marche pas, je reverrai mon plan, mais j'aimerais tant aider ceux qui sont restés sur le quai de la psychose.

 


[1]   C’est ce que je m’imaginais.

[2]   A présent, je me souviens que j’étais heureuse dans mon travail.

[3]   Ce n’est plus du tout le cas.

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Paulette Benetton

Isère, ARA, France

née en 1952

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